L’INTERVIEW
Challes dit « non, mais… » à l’Eurocup
Contrairement à ce qu’affirmait jeudi le communiqué de la FFBB, le club savoyard a finalement décidé de ne pas s’engager en coupe d’Europe. Les explications du président Maurice Meunier. « On a reçu, en date du 2 juin, notre qualification pour l’Eurocoupe. Mais elle était assortie d’une condition : que notre engagement soit validé par la commission de contrôle de gestion (C.C.G.) sur le plan financier. Au 16 juin, date limite imposée pour confirmer notre participation, je n’ai pas reçu cette validation. J’ai donc été amené à faire une lettre de renonciation à la Fiba Europe. »
Pour quelles raisons ?
« Quand on a présenté notre budget prévisionnel à la C.C.G. en mai, celle-ci a émis des réserves en considérant qu’on avait trop de recettes aléatoires, c’est-à-dire des engagements non signés des collectivités locales des deux Savoie, d’un sponsor national, ainsi de subventions complémentaires qui devaient nous arriver. Or un budget prévisionnel se confirme dans l’année, pas avant. Sans cette réponse favorable de la commission de contrôle de gestion, on n’est donc pas inscrit. Pour le moment… car nous continuons les démarches en juillet pour être repêchés. Mais on ne va pas partir à l’aventure sans être sûrs d’en avoir les moyens ! »
Ce n’est donc qu’un problème de garanties ?
« On a réussi un redressement financier spectaculaire. Il y a un an, nous avions un déficit de 248.000 euros, dû à la crise économique et à une baisse brutale de l’aide de nos partenaires, mais aussi les sommes que nous doivent les fédérations néerlandaise et slovaque avec qui nous sommes toujours en procès. Nous avons assuré la saison dernière. Nous présentons même maintenant un léger excédent. »
Comment avez-vous répondu à la surenchère
sur Romy Bär et surtout Mistie Bass ?
« Dès le mois de janvier, nous avons appris que des contacts très avancés, beaucoup trop à mon goût, avaient été pris avec Mistie par des clubs français. Nous ne nous le sommes jamais permis. Ces offres, émanant ensuite de Turquie, étaient beaucoup plus importantes que ce que nous pouvions donner. Mais nous souhaitions privilégier l’axe Bass – Bär – Plagnard. C’est bien entendu passé par une augmentation mais surtout un projet de vie qui lui a plu. Ce n’est pas pour l’argent qu’elle est restée chez nous. C’est la même chose pour Romy, où nous lui permettons l’acquisition d’une formation qualifiante et diplômante. »
Vous avez un temps évoqué la piste d’une joueuse supplémentaire en cas de participation à la coupe d’Europe. Qu’en est-il ?
« En bâtissant l’équipe, on a essayé de faire en sorte que les filles soient interchangeables et polyvalentes. C’est pour ça que nous n’avons pas encore tranché sur une éventuelle huitième joueuse, même sans Eurocoupe. Un renfort pourrait intervenir en cours de saison, selon la situation. L’équipe aura la capacité d’améliorer encore son classement. Mais il faut que chacun, le club, les partenaires et les collectivités en prennent conscience, et qu’un effort collectif soit réalisé. Pas sur un coup de feu mais en le pérennisant. »
DEBRIEFING
Le revers de la médaille ?
En d’autres temps, Challes serait-il parti dans la surenchère pour garder deux joueuses, fussent-elles les plus performantes, quitte à devoir renoncer à l’Eurocup ? Ou aurait-il assumé sa qualification, revu son effectif, dans la largeur, avec sans doute un peu moins de talents, quitte à rebâtir un fond de jeu ?
Derrière la limite budgétaire, il y a aussi un choix sportif. De dix pros jusqu’en 2009, Challes est passé à neuf début 2010, puis huit à l’intersaison suivante pour, au prochain Open à Coubertin, présenter seulement sept joueuses sous contrat. Cette évolution est en partie guidée par des contraintes et une crise économiques qui gèlent ou réduisent les budgets quand l’inflation des salaires perdure dans le milieu. Mais c’est également une gestion d’effectif qui privilégie la qualité individuelle sur le nombre et la dimension collective. Moins de joueuses pour se permettre d’en faire signer de meilleures. La valeur des « cinq majeur » s’est homogénéisée en Ligue féminine. Le banc est devenu, à Challes comme ailleurs, la variable d’ajustement. Un choix délibéré ou contraint, selon. Mais un constat quasi général.
A titre d’exemple, en 2006-2007, dernière année avant que Challes ne soit européen, les dix joueuses pros ont évolué au moins 22 des 30 matches, à hauteur de 11’ pour la moyenne la plus basse (Marie Bacquet). Lors du précédent championnat, les huit joueuses pros ont disputé au moins 15’ de moyenne sur 26 des 28 rencontres au programme, six d’entre-elles ont dépassé les 20’. Mistie Bass (34:95) et Romy Bär (31:77) ont été les plus utilisées par Aldo Corno, ce qui évidemment ne surprendra personne.
Moins de joueuses, c’est moins de rotations, plus de temps de jeu. La récupération et la crainte des blessures s’imposent de fait sur le volume et l’intensité des entraînements. Et comme les compétitions nationales sont d’autant plus privilégiées que la concurrence y est devenue féroce, l’Eurocup est à présent un luxe mais pas une priorité.
Les statistiques, lorsqu’elles sont sur la durée d’une saison, représentent des indicateurs significatifs. Comment les chiffres expliquent-ils la 2e place des basketteuses savoyardes ?
Seule équipe de la première moitié du tableau à avoir été battue à domicile par un relégué et un promu, Challes s’est situé moyennement : 7e évaluation, play-offs et challenge round compris, 5e attaque et 7e défense de la phase régulière, le tout sur 14 équipes.
Sur un plan individuel, c’est l’inverse. Artiste de la récupération défensive et de l’inspiration offensive, souvent sous-estimée dans les commentaires, Romy Bär a confirmé son statut international et son influence dans le jeu en terminant 2e aux interceptions et recordwoman sur un match (9), 10e contreuse et 7e passeuse décisive. Quant à Mistie Bass, difficile de rendre une copie plus parfaite : meilleure étrangère, meilleure évaluation et meilleure marqueuse de LFB, quadruple recordwoman des évaluations sur un match (38, 37, 32 à deux reprises), double recordwoman des points inscrits sur un mach (35 et 32), recordwoman en adresse à 2 pts (14 réussis sur 15 tentés), idem aux lancers-francs (14/16) et aux rebonds offensifs (10). Seule Whitmore, vue une saison à Mourenx (2005-06) a dû faire mieux ( ?).
Les statistiques reflètent précisément l’évolution de l’effectif : le classement tient désormais davantage de hautes performances individuelles que de la qualité des prestations collectives. Sur le principe, je le regrette. Mais le spectacle est assuré, différemment.
Conserver Romy ou Mistie aurait été une réussite. Parvenir à les faire re-signer toutes les deux, relève d’une première victoire en 2011-2012. Elle vaut d’ores et déjà plus de 2 points au classement !
Même si l’attrait d’une participation à l’Eurocup a pu motiver une partie du choix des joueuses, recrues comprises.
Ecrire un commentaire - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires


L’Union Hainaut veut changer d’adresse.
L’info n’est pas fraîche, Basquetebol
l’ayant annoncée depuis plusieurs jours : après Manon Morel la saison dernière, le club thermal a recruté l’ailière de l’Insep Sara
Chevaugeon (à découvrir dans l’article ci-dessous).


Derniers Commentaires